Qu’est-ce que la violence psychologique au sein du couple ?
11 décembre 2025
Invisible et sournoise, la violence psychologique au sein du couple, s’installe insidieusement et s’ancre dès les débuts de la relation. La victime, happée par l’image idéalisée que lui renvoie son « bourreau » va rentrer dans un cycle, merveilleux, au départ de la relation. Puis, avec le temps, il va y avoir des signes de dévalorisation qui pourront paraître insignifiants : critique sur le travail occupé, sur la position sociale, sur l’apparence, instauration d’une relation triangulaire dans laquelle la victime sera comparée à une ex-compagne, par exemple, négation des besoins de la victime, et surtout l’instauration d’un contrôle de la victime. Cela se fera encore une fois de façon très masquée sur la façon de s’habiller, sur la couleur des cheveux, sous la forme de messages permanents pour savoir ce que fait la victime (qui malgré elle se sentira « obligée » de répondre de façon instantanée sous risque de représailles), contrôle de son emploi du temps, marques de jalousie injustifiées. Dès que la victime s’insurgera de cela, il y aura une « punition psychologique » : colère démesurée, silence pendant des jours, fausses accusations, et surtout une inversion des rôles : le « bourreau » se fera passer pour la victime qui elle, sera accusée d’être le « bourreau ». Chacun de ces cycles se terminera par une autre phase d’idéalisation pendant laquelle le « bourreau » se rachètera psychologiquement soit par des cadeaux, soit par des marques d’attention que la victime percevra comme étant une demande de pardon. Mais il n’en est rien : en effet, cela permet au « bourreau » de mieux maintenir son emprise en manœuvrant habilement le psychisme de sa victime. Ces cycles s’alterneront de plus en plus souvent et se feront de plus en plus violents…
L’emprise va se mettre en place de façon très habile : psychologique en premier lieu avec des phrases dévalorisantes « que ferais-tu sans moi », « tu n’y serais jamais arrivé(e) sans moi », « ne t’inquiète pas, je suis là, sans moi je ne dis pas… », « quand est-ce que tu vas consulter quelqu’un parce-que là, tu ne vas pas bien », « tu n’es pas sûre de toi », « tu ne vas pas y arriver, il faut aussi penser à moi dans tout ça », « arrête de ne pas me faire confiance », « je suis beau, je suis unique », « tu ne vas pas faire ce travail, c’est la honte », « non mais regarde toi » etc etc. On pourrait en citer encore et encore…
Malheureusement, l’emprise se « quadrille » autour de la victime : comme je l’ai évoqué, elle sera psychologique mais sera souvent aussi financière ; le bourreau maintiendra le contrôle de sa victime grâce à l’argent, en la maintenant sous dépendance. Il isolera petit à petit sa victime de son entourage en dénigrant amis et famille. La victime quant à elle, s’isolera d’elle-même, car elle sera dans la confusion psychique ne sachant plus distinguer la normalité de la relation de la toxicité de cette dernière.
La victime se fanera petit à petit, se videra de ses ressources psychiques, doutera d’elle, et vivra sous pression constante. Elle sera confuse, elle ne dormira pas, et/ou pas bien. Elle aura du mal à mettre des mots sur ce qui lui arrive, alternant ainsi des phases de semblant de « bien-être » avec des phases de grand « mal-être ». Elle ne saura pas et ne pourra pas se confier parce qu’elle ne comprendra pas ce qui lui arrive… La victime aura une intuition infime que quelque chose d’anormal se joue, mais ne saura pas l’identifier. Le bourreau lui-même accentuera ces phases, soit en jouant l’homme/la femme idéal(e), soit en ignorant sa victime pendant des jours sous forme de silences, d’indifférence, de colères, ou encore en l’inondant de messages ultra violents psychologiquement, parfois même sans cohérence ; cela peut encore se traduire par des gestes irrespectueux, de l’humour humiliant, ou encore des pressions sur le plan sexuel.
Le bourreau se servira des connaissances, des compétences intellectuelles de sa victime pour se les approprier ; pire encore, il sera le voleur de ses valeurs humaines, en se les attribuant. Il laissera sa victime exsangue, sur le bord de la route totalement démunie, elle, qui n’a pas vu venir cela.
La victime, n’est pas masochiste, c’est important de le nommer. Elle est sous emprise, et ce sera difficile pour cette dernière de reconnaître que la relation n’est pas bonne pour elle. C’est une violence perverse du quotidien, qui se met en place. C’est la raison pour laquelle, il est important de consulter pendant, et après une relation d’emprise. La relation d’emprise va laisser des séquelles durables qu’il va falloir verbaliser sans et je dis surtout SANS minimiser la parole de la victime, qui se sent déjà illégitime face à d’autres formes de violences – physiques, par exemple. La victime peut s’effondrer dans une dépression majeure, avec des idées noires, et il est important qu’elle se sache entourée avec beaucoup de bienveillance, d’empathie et sans jugement aucun de tierces personnes. Il va falloir l’envelopper, et surtout ne pas formuler d’injonctions … elle vit ou a vécu avec cela, donc cela rajouterait une pression inutile qui pourrait la faire fuir.
La violence psychologique génère des blessures, des traumas invisibles.
Vous n’êtes pas seul(e)s. La verbalisation de cette violence va vous aider à vous reconstruire.
Une relation amoureuse doit permettre de donner le meilleur de soi, et se doit toujours d’être un plus par rapport à soi. Elle n’est pas une relation de domination, c’est une relation d’équilibre, une danse à deux, où chacun doit se mouvoir avec l’autre.
Je vous conseille la lecture du livre de Marie-France Hirigoyen « Femmes sous emprise ».
Caroline Martin